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PATRICK DOROBISZ - ART GALLERY
En 1994, j'étais connecté à l'internet et j'appris les différents langages de programmation.
Comme j'avais débuté en apprenant le langage informatique Basic en 1981, je n'avais pas de difficultés particulières.

Je voyais dans ce nouvel outil qu'était l'internet une révolution pour les connaissances et un moyen de faire un art adapté à cet outil. J'ai donc travaillé quelque temps le Net Art.
J'observais par la même occasion ce qui se passait sur le net. J'étais étonné de la prolifération d'images qui commençaient à envahir l'internet.

Ce besoin d'images pour illustrer, pour montrer me laissait perplexe. Cela me questionnait d'autant plus que c'était le réel que l'on montrait.
Le réel prenait sa place dans un monde virtuel.
Grâce à de nouveaux logiciels de traitement de l'image, de nouvelles images apparaissaient, mais elles étaient le plus souvent marquées d'imaginaire cinématographique.

L'art de nouveaux artistes ne pouvant plus qu'imaginer qu'à partir de ce qu'Hollywood leur montrait devenait une nouvelle réalité artistique.

Les images glamour se confondaient avec l'art. La séduction était le nouvel art tout comme tout ce qui pouvait se rattacher aux thématiques de la religion, du sexe, du réel, de la décoration…etc.
Le monde de l'art contemporain était devenu une marchandise cotée en bourse.
Et comme la marchandise ne peut-être que la religion du grand capital, le puritanisme intellectuel qui va de pair s'est aussi installé.

Une marchandise a toujours besoin d'une image pour être vendue, le retour donc à une figuration facilement assimilable empreinte de séduction, de provocation ou d’un imaginaire cinématographique devenait une nécessité de l'art d'aujourd'hui pour vendre encore plus son propre spectacle et donc insérer le spectateur dans la consommation d'un art du spectacle, en détournant son regard de la connaissance, au profit de celui de la distraction artistique, et le forger petit à petit à avoir un regard économique.


L'Etat français soutenait cet art au nom de la contemporanéité. La société de spectacles avait créé son art économique avec ses artistes officiels collaborateurs.

Au nom de cet art on envoyait les gamins des écoles dans des musées, des manifestations artistiques pour qu’eux aussi soient façonnés au regard économique… L’Etat avait réussi à s’allier le monde des enseignants.

Nous sommes loin du rôle subversif de l'artiste, qui est devenu ni plus ni moins qu'un garant de la société de consommation.
En insérant le spectateur dans la consommation de cet art fabriqué par l'économie et les états, on le contrôle. Tout comme les nouvelles technologies nous contrôlent.

L'art contemporain participe donc aujourd’hui, à la société de contrôle.

Le monde de l'art avait bien changé et le monde tout court également.

L'image numérique véhicule la transformation sociétale et avec elle tout ce qu'elle peut entraîner comme effets négatifs ou positifs.
Les big data enregistrent nos comportements, des sociétés de marketing nous ciblent, nous façonnent. L'ordinateur quantique qui se caractérise par sa puissance de calcul est devenu une réalité tout comme l'intelligence artificielle. ( Il sera encore plus facile de nous profiler).

Autrefois, l'image à travers l'art nous donnait une lecture du monde, elle nous indiquait l'invisible, le magique, le beau, l'esthétique, et aujourd'hui l'image est devenue un signe de l'économie tout comme le regard est désormais économique.

Au début du 20ème siècle, l'image rompt radicalement avec la tradition, elle n'est plus figurative, ne donne plus des leçons de morale, elle n'est plus imitation, elle est abstraite, elle est la pure création de l'homme. Elle est un outil, un moyen qui développe la connaissance.

Aujourd'hui elle est redevenue imitation, manipulation, elle est dégradée, elle ne fascine plus et véhicule avec elle tout ce que la société capitaliste a élaboré comme stratagèmes pour conditionner le peuple et l'aliéner à la consommation, dans une esthétisation quotidienne.

Lorsque je visite un salon, une foire, je suis étonné du caractère aseptisé, de l'uniformisation.
Les couleurs sont séduisantes, les formats sont tous identiques, la scénographie est à l'identique des produits mis en vente dans des boutiques de luxe.
Tout est parfait il y a même parfois des produits en tête de stand pour ne pas employer le terme de gondole… comme dans les supermarchés.

Nous sommes à l'aube d'un changement sociétal qu'il est difficile d'imaginer. J'aimerais espérer que ce monde soit meilleur mais tous les signes me forcent à croire que c'est l'inverse qui se prépare.

Il faut donc que les artistes reprennent leur rôle de visionnaire, du faire voir, du remettre en cause, de poser des questions et de ramener cette part du sensible, de cet humanisme dont toute société a besoin pour se développer.
Il est important que les artistes réinvestissent la sphère sociale qui est aujourd'hui sous contrôle numérique.

Alors, tout comme les peintres de l'avant-garde russe qui avaient décidé d'utiliser le langage de l'abstraction géométrique pour annoncer le nouveau monde de l'après-Révolution russe, je continue, moi aussi, à utiliser le langage de l'abstraction géométrique pour parler de ce nouveau monde et des problèmes qu'il engendrera, si nous ne savons pas décrypter les images technologiques de l'internet et si nous ne réinvestissons pas la sphère sociale, aujourd'hui sous contrôle numérique.

Il est essentiel que les images artistiques, artisanales, reprennent leur place et que donc la peinture qui avait été éliminée de l'art contemporain (qu'elle soit faite à l'huile, à l'acrylique ou encore à l'ordinateur) redevienne une image porteuse de connaissance.

En 2011, je décidai de reprendre ma peinture pour porter un discours critique sur ce que j'observais.
  
En 1988, je fis une vidéo Art : Les échos du silence,  qui obtenait un prix international à Santiago du Chili.


  
En 1986, j'obtenais un prix international au Festival de musique électroacoustique de Bourges.

En 198, je fis ma performance : la musique est périmée depuis longtemps, le compositeur est un préjugé du passé, les machines s'occuperont de la nouvelle musique.
Destruction d'un piano à la hache.
Lieu : Conservatoire de musique – Valenciennes

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Dans cette performance, je reprenais la célèbre phrase de K. Malévitch concernant la peinture et je la transposais dans le monde de la musique pour signifier que notre monde musical allait radicalement changer avec l'arrivée des ordinateurs, de la modélisation physique, etc.

  
Patrick Dorobisz Parcours Artistique Suite

Puis je fis des happenings et des performances. Je m'inscrivais dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'art contemporain, sans toutefois éjecter totalement la peinture de mon univers artistique.
C'est-à-dire que, si j'avais besoin du médium peinture pour exprimer une idée, j'utilisais le médium peinture, voilà tout.


En 1980, j'ai fait une exposition personnelle, musique et peinture à la galerie Weber à Mannheim (Allemagne) : L'essayiste et critique d'art Siegfried Einstein a présenté mon travail.
  
En 1981, je participai à une exposition collective à la Maison des arts de Créteil, Tendance Nord, en présentant un plancher sonore.
J'avais fait une estrade que j'avais placée au bas d'un escalier, installé des micros sous le plancher et lorsque les gens passaient dessus, le bruit des pas se faisait entendre dans toute la salle. On entendait l'idée de la mécanisation, mais qui n'était pas régulière. J'aimais bien cette idée d'irrégularité rythmique du son. C'était un peu comme un détraquement.
Cette exposition était placée sous la direction artistique d'Alin Avila.


  
En 1982, je fis mon happening «  l'art n'est pas une marchandise » 
Lieu : Rue Neuve (secteur piétonnier) Lille

Mon objectif était d'attirer l'attention des promeneurs, des piétons, sur l'art qui se tournait vers la marchandise.
On commençait à parler du marché de l'art.
Les piétons étaient interrogés en direct sur ce sujet à la radio et un animateur, Goliath, et moi leurs demandions ce qu'ils pensaient de cette nouvelle destinée de l'art.

L'art dans la société de consommation peut-il être un produit ?


  
En 1984, je fis ma performance « écologie » 
Diffusion sur un orchestre de 16 haut-parleurs de sons électroniques et de sons naturels. Chants d'oiseaux…etc
Lieu : Place Rihour – Lille
Je ne suis pas écologiste, mais mon intention était de sensibiliser les gens aux problèmes de l'écologie.
  
 En 1983, je fis une exposition personnelle à Faches-Thumesnil, en présentant mes travaux dans une salle totalement noire. Mes tableaux étaient éclairés par des projecteurs de couleurs et j'installai un orchestre de haut-parleurs diffusant ma musique.
  
Exposition Faches-Thumesnil Patrick Dorobisz - 1983
En 1989, j'avais encore des choses à dire, je voulais encore investir de nouveaux champs mais mon discours était rendu inaudible. La situation n'avait pas changé depuis 1982 !
Lorsque j'ai fait mon happening en 82 justement, l'art en était encore à la peinture !

L'art contemporain officiel était encore entaché d'une certaine peinture je dirais « expérimentale » des années 70 et il prenait aussi des allures duchampiennes ridicules.
Il faut dire qu'à cette époque, j'étais dans un radicalisme artistique total...

Quant aux installations, elles étaient anecdotiques… Elles auraient pu avoir une certaine légitimité dans les années 70 mais pas dans les années 80.
Quant à la forme happening, si elle était répandue à l'étranger, elle ne l'était pas en France.

L'art était mis sous contrôle d'agents de l'état, Jack Lang avait créé un corps d'inspecteurs de la création artistique, des inspecteurs qui décidaient de ce que devait être l'art ou la musique.

Il faut rappeler, pour ceux qui ne connaissent pas le monde de l’art,  que la France est le seul pays au monde, à avoir des inspecteurs de la création artistique comme en Union Soviétique…

L'art contemporain était dans des cases, accrédité et labellisé par des fonctionnaires d'Etat. Il prenait des allures de marchandises et traitait de thématiques journalistiques plutôt que d'être « objet de connaissance »  ou « objet critique » qui pose des questions.

Il devenait tout au plus un reflet sociétal qui prenait des tournures de distraction ou de provocation.

Dès lors, et à partir d'une naïveté dans le fait artistique et aussi au nom d'une certaine contemporanéité tout aussi naïve dans la réflexion, le discours sur l'art n'était plus qu'un art du commentaire.
Un Artwriting qui en réalité promeut le produit art et l'insère dans la société de spectacles.

Je me suis donc retiré du monde l'art. Je ne voyais plus la nécessité de continuer ou plutôt de faire connaître ce que je faisais.
J'ai donc travaillé pour moi-même et pour des raisons qui ne tenaient qu'à ma composition musicale.

Toutefois ce retrait volontaire m'astreignait à un silence qui m'obligeait à me séparer de ma nature réelle d'homme de la cité, mais puisque l'art n'avait plus rien à voir avec la vie ou le politique,  je m'y suis résolu, me disant que si vraiment les circonstances le demandaient et  si bien sûr j'en ressentais la nécessité, je reprendrais le moment venu.

Par ailleurs, pour qu'un artiste se fasse entendre, il faut absolument l'aide de l'Etat, et bien entendu l'Etat était sourd à mes demandes que ce soit pour ma musique ou pour mon art.

Comme je ne pouvais pas continuer seul à investir financièrement dans deux domaines artistiques et comme la musique était devenue mon médium artistique dominant, j'ai continué en musique en investissant dans les nouvelles technologies, la recherche sonore et j'ai développé mon idée de l'écriture musicale contemporaine en ayant créé mon studio de recherches.

En 1984, j'avais rejoint l'Institut de psychoacoustique et de musique électronique de Gand, en Belgique. Dans cet institut dirigé par le compositeur Lucien Goethals, j'ai pu me familiariser avec de gros synthétiseurs de recherche sonore et faire ma musique répétitive.
En France cette musique n'était pas considérée comme de la musique car il fallait composer dans l'esthétique officielle.
Aujourd'hui, Je suis tout de même fier d'avoir une œuvre musicale qui ne s'est pas pliée à l'esthétique dominante de Pierre Boulez et qui, même si elle très peu jouée, est connue dans le monde.

Mais j'en reviens à mon parcours artistique : si les technologies numériques concernant la recherche sonore évoluaient plus rapidement que celles qui étaient liées à l'image, il n'en reste pas moins qu'elles évoluaient également.

C'est ainsi que durant les années 80 j'explorais les premières images de synthèse, la vidéo et dans les années 90, la 3D.
Petit à petit les programmes informatiques se sont améliorés, les ordinateurs aussi et j'ai commencé à produire de nombreuses images numériques dont la qualité était supérieure à celles de mes images numériques, pixélisées, des années 80.

Même si j'étais dans le domaine de l'image et du plan, c'était un nouveau champ artistique qui me passionnait. Et ces images abstraites, géométriques, m'aidaient à trouver ma musique.
C'est-à-dire qu'avant d'écrire une pièce musicale, je faisais une multitude d'images numériques.

Elles venaient en quelque sorte alimenter ma composition musicale, tout comme d'ailleurs la photo de nu. Et parfois je « remontais » sur toile, sur un tableau une de ces images composées à l'ordinateur.