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Patrick Dorobisz - Code Graphique -  1978  © Patrick Dorobisz
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PATRICK DOROBISZ - ART GALLERY
Mais si j'ai pu me rapprocher du minimal art avec mes non-objets, mes structures, etc, ce n'était pas le cas ici.
Mon idée était avant tout de rendre compte de l'automatisation, de la robotisation, de la tournure mécanique et électronique que prenait le monde.

C'est pour cette raison qu'à cette époque, en 1978, j'introduisis le code graphique de la bande de chantier balisée. Le monde forge un nouveau monde, il est au travail.
J'aimais bien utilisé ce code graphique ( je l'utilise toujours). C'est une antiforme et le fait de ne pas lui donner de dimensions précises dans son rythme, collait avec mon idée de l'incertitude que j'avais, de cette nouvelle société qui se préparait .
  
Texte objet N°2 : Technique mixte sur papier - 50 cm x 65 cm © Patrick Dorobisz 1978
Noir 1974

Dimensions : 80 cm x 69 cm - Technique : Industrial painting on canvas
Peinture industrielle sur toile
Année : 1974
© Patrick Dorobisz - Collection privée
À partir de cette première toile, j'ai pu commencer à réfléchir à ce que pouvait être ma nouvelle peinture et je fis de nombreuses toiles noires.

Dans un premier temps en utilisant la peinture industrielle, puis j'employais du goudron que je brûlais. J'obtenais ainsi des noirs différents.

Je faisais des dessins sur du papier noir, je faisais mes pulvérisations et petit à petit j'amenais non plus une composition abstraite mais juste l'idée de la géométrie, un angle, des degrés, deux lignes parallèles…etc.
Des signes en fait.
  
Mais en même temps je me rendais compte aussi qu'il m'était de plus en plus difficile de communiquer ce que je faisais.
Je constatais que je m'enfermais petit à petit dans une espèce de ghetto artistique élitaire, de l'art pour l'art.
 
Et comme j'avais encore en moi l'idée que l'art pouvait participer à cette idée de transformation sociétale, j'étais mal à l'aise.

Ce que je faisais ne correspondait pas à ce que j'entendais et percevais du monde.

Je réagis donc en m'inscrivant dans la réalité sociale, et décidai de questionner et de rendre compte du réel.
J'étais particulièrement ébahi mais aussi perplexe face à l'automatisation, la mécanisation ou la robotisation qui se mettaient en place dans divers domaines.
Moi-même je faisais tout pour automatiser ma musique, en la faisant jouer par des machines, et je pressentais à travers mes expériences musicales et le matériel électronique qui chaque jour progressait,  que la société allait radicalement changer.

Les machines électroniques au service de la musique en étaient un bon indicateur et j'étais persuadé que le futur de la musique serait très différent.
Je décidai donc d'avoir une démarche artistique plus sociologique et politique.

Pour coller à cette idée, j'empruntais des matériaux au domaine industriel, je n'intervenais sur ceux-ci que pour déterminer leur forme, et l'économie de mes gestes, ou encore l'automatisation, devenaient mes nouvelles préoccupations.
Mon désir secret était de faire faire mon art par des machines. L'idée qu'une machine me remplace dans le faire technique m'intéressait beaucoup.

Je produisais alors quelques tableaux, des montages sans avoir l'idée de composer une abstraction géométrique. Je produisais le signe de quelque chose.

  
Interférence : Peinture industrielle sur toile - 160 cm x 110 cm - 1980  © Patrick Dorobisz
Collection privée
Ces structures révélaient avec le son ambiant, généralement de la musique répétitive, la matérialité d'un vide mis en scène et une temporalité différente de celle que nous vivions dans le monde réel.
Je réduisais ma peinture au minimum, j'avais quitté sa planéité et le son remplaçait petit à petit l'organicité de la peinture noire.

En 1976 je passais mon diplôme national, en présentant aux membres du jury ma peinture sur bandes magnétiques, donc du son, des non-objets, mes toiles noires, quelques partitions musicales graphiques. J'exposais mes idées sur l'art et j'obtins mon diplôme.

Ma démarche artistique était radicale, j'avais éliminé la peinture de sa représentation et de son support traditionnel, je n'avais même plus de châssis sans toile ou de toile sans châssis comme d'autres faisaient, ni même encore de la peinture, mais juste l'idée de la peinture qui était enregistrée sur une bande magnétique.

Je continuai dans ce sens et je suis donc arrivé à ce que j'ai appelé : le degré zéro de la peinture.

Comme l'idée primait sur ce que je faisais, c'est alors que je me suis tourné vers l'art conceptuel.
Je produisais des textes, des intentions artistiques, je bricolais en fait intellectuellement de la linguistique, des notes, et mes carnets de croquis, mes feuilles arrachées de ces carnets devenaient plus importantes que ce que j'aurais pu produire réellement, c'est-à-dire physiquement.
  
Texte objet N°1 : Technique mixte sur papier - 50 cm x 65 cm © Patrick Dorobisz 1978
Réfléchissant à cette idée de spatialisation sonore, je venais de découvrir la quadriphonie, je suis passé de la surface/plan au volume, à l'espace, et j'ai fait mes premières structures en bois peint noir à partir de bafles que je déstructurais.
J'avais récupéré de gros baffles, j'enlevais les parois, je laissais les haut-parleurs qui étaient accrochés par un fil électrique et je peignais l'ensemble en noir. 
C'était en 1975.

Suivirent mes premières installations dans des pièces noires en utilisant la lumière électrique et le son. Je diffusais dans ces installations mes expériences musicales sur les objets/hauts-parleurs que j'avais fait.

Puis je fis d'autres structures. Ce qu'il m'importait c'était de faire des objets qui ne s'inscrivaient pas dans le monde de la peinture ou de sculpture, ni même dans celui des objets à vrai dire, car je voulais que ces objets ne montrent que ce par quoi ils étaient faits, c'est-à-dire la géométrie qui sous-tend toute structure, et que surtout, ils aident à une nouvelle perception de l'espace comme la spatialisation sonore le permettait.
Deux srtuctures en bois peint et corde plus boule lumineuse et cube lumineux 260 cm x 80 cm x 80 cm -
Patrick Dorobisz 1977
Planche N°9
Technique mixte sur papier- Année : 1974 - © Patrick Dorobisz - Collection privée
PATRICK DOROBISZ - PARCOURS ARTISTIQUE

J'ai choisi le langage de l'abstraction géométrique, lorsque j'étais étudiant aux Beaux-arts.
Celui-ci me permettait de rompre avec la représentation de la réalité, et l'idée que ma peinture ne soit rien d'autre qu'un fait pictural, autonome, débarrassée du monde des objets convenait à ma vision de l'art de l'époque.
Nous étions en 1973.
































                                                          Gouache - 37,7cm x 29, 7cm Patrick Dorobisz - 1973 - Collection privée


Cependant, plus je faisais des tableaux, plus je m'imprégnais de l'art et plus je m'apercevais que mes oeuvres s'inscrivaient encore dans une certaine tradition picturale : ce que l'on appelle aujourd'hui la modernité.

Je composais mes tableaux finalement comme on compose des tableaux figuratifs, de mémoire.
J'employais la couleur, j'avais des formes, des idées de composition, et le matériel que j'utilisais était celui du peintre classique…Il n'y avait rien de nouveau finalement dans ce que je faisais.

Nous sortions de mai 68 et si les débats concernant une nouvelle société étaient d'actualité, les débats esthétiques l'étaient également.
Des groupes de peintres se formaient, revendiquaient de nouvelles théories picturales pour une nouvelle peinture, un nouvel art, on publiait des manifestes…etc.
C'était une époque où il nous semblait qu'il fallait tout changer, tout réformer.
 
Après être passé par l'Académie des Beaux-arts de Valenciennes, j'ai continué mes études à l'école des Beaux-arts de Cambrai car l'atelier de peinture était réputé.
Dans cette école et donc dans cet atelier, j'ai eu la chance d'avoir comme professeur de peinture non plus un prof qui voulait absolument nous transmettre une technique artistique, comme c'était le cas dans mon école précédente, mais un professeur artiste, Jean-Claude Chevalier.

Jean-Claude était un prof qui nous mettait en contact avec tous les courants artistiques d'avant-garde et qui nous demandait de penser l'art.
C'était un enseignement radicalement différent car être immergé dans le monde l'art pendant cinq ans, se poser la question de la peinture, de l'art, sans savoir si nous deviendrions artistes ne laisse pas indifférent. Chaque personnalité en a été marquée.
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En 1ère année nous étions une quarantaine je pense, en 5ème  année nous n'étions plus que cinq…  On n'apprenait pas à peindre dans le style de… , nous ne parlions pas du dessin, de la forme, du coloris… , mais nous débattions de l'art, de sa philosophie et Jean-Claude nous aidait à trouver nos moyens d'expression en mettant en avant l'idée, le concept artistique.

C'est ainsi que plus tard j'explorerai une transdisciplinarité artistique en utilisant le champ du son, de la musique et le champ des arts plastiques.

Alors, bien entendu, il faut rappeler que si aujourd'hui le terme de transdisciplinarité est employé couramment et si de nombreux jeunes artistes s'inscrivent dans ce champ artistique, domaine qui est aujourd'hui intégré dans les Beaux-arts, il n'en était pas de même il y a quarante ans.
La transdisciplinarité avec l'utilisation du médium « son » dans une école d'art pour passer le diplôme national en peinture n'était pas une chose acquise.

Dans la pièce qui me servait d'atelier, j'avais installé un magnétophone et un synthétiseur…
Et avec un autre professeur, Claude Cathelain, qui était doué en électronique, j'avais réalisé un clavier électronique en 16ème de ton. Ce qui n'était pas rien en 1974 !
Même au conservatoire, personne n'étudiait la micro-tonalité avec le son électronique !

Mais j'en reviens à ma situation d'étudiant aux Beaux-arts où nous discutions sans cesse de l'art, du son, de philosophie, de l'histoire de l'art, de la création…etc.

Fort des débats artistiques et des échanges intellectuels parfois vifs, un jour de 1974, bouillonnant d'idées contradictoires et me posant surtout beaucoup de questions, je décidais de rompre radicalement avec ce que je faisais.

Je voulais me débarrasser de tout ce qui faisait la peinture, les formes, les couleurs, la lumière, la composition, son illusionnisme... etc.
Je fis donc ma première toile avec un fond noir, pour me débarrasser de la lumière.

J'ai utilisé une peinture glycérophtalique, une peinture industrielle pour rompre avec la peinture à l'huile.
Je projetais sur ce fond des pulvérisations de peinture argentée, une peinture pour carrosserie automobile, je n'avais donc plus de formes et j'avais du même coup éliminé la couleur avec ce gris métal neutre.
  
Et comme en même temps je travaillais le son et la musique répétitive, ces signes qui venaient de la géométrie m'ont amené à les reconsidérer comme de nouveaux signes pour ma musique électronique.

Là encore il n'y avait pas encore d'écriture pour noter le son électronique. Tout était à faire.

Mes figures de géométrie sur la toile se sont donc transformées en une certaine écriture musicale que moi seul je connaissais.
J'avais des tableaux noirs avec des pulvérisations argentées et d'étranges signes qui faisaient penser à une écriture musicale.


































            

              Partition graphique - letter press, Huile et peinture industrielle sur toile 120 cm x 110 cm -Patrick Dorobisz 1976 - © Patrick Dorobisz
              Collection privée



J'appelais ces tableaux des partitions graphiques, et en même temps je signifiais à ma façon qu'il fallait réécrire la peinture.

C'est-à-dire que je pensais, et je le pense toujours, qu'il ne fallait pas abandonner la peinture, mais qu'il fallait se battre avec un nouveau langage pour qu'elle puisse s'inscrire dans notre époque contemporaine.
L'idée dominante qui circulait en ces débuts des années 70, était que la peinture ne pouvait plus appartenir au domaine de l'art, qu'elle était dépassée.

Je n'étais pas tout à fait contre cette idée, mais je pensais qu'il y avait peut-être encore de nouvelles voies à explorer.
Tout particulièrement avec cette transdisciplinarité.

Si la peinture s'inscrit dans le domaine de l'espace et que la musique s'inscrit dans celui du temps, il n'en reste pas moins que ces deux disciplines artistiques ont en commun le temps. Car quelle différence y a-t-il entre peindre du temps sur une surface, ou peindre du temps avec des notes et des instruments de musique ?

 Il n'y en a pas, car dans les deux cas, c'est le temps qu'on travaille.
Lorsqu'on regarde un tableau, on regarde la matière, la couleur, mais on regarde aussi un morceau de temps et lorsqu'on écoute de la musique, c'est du temps qu'on écoute.

Je voyais donc dans ce champ artistique transdisciplinaire, un moyen qui me permettrait d'avancer plus loin dans ma recherche artistique et qui petit à petit m'amenait à reconsidérer par la spatialisation sonore, notre rapport à l'espace face à l'objet artistique.

Comme je voulais tout réduire au minimum et que je me sentais proche du minimal art c’est à cette époque que moi aussi, j’écrivis mon manifeste.